Bienvenue, C'�tait un dimanche d'�t�. Paris se lavait sous le soleil et l'ozone raccommodait sa couche d'un sourire de ciel bleu. Je me tenais une vieille promesse, un rendez-vous secret. Quand je l'avais annonc� � celle qui fut parfois une muse, elle s'�tait mise � rire. ( Quolibets qui cascadent des l�vres de la beaut�... Nos pauvres pinceaux valent parfois mieux que leurs mod�les. C'est sans doute ce que ce vieux L�onard se disait devant sa Mona Lisa. Le monde est rempli de Mona Lisa. Il n'y a qu'une Joconde. Et Annie ? connaissait-elle seulement la " Chanson " qu'elle inspira ? Lou lut des po�mes qui la laiss�rent indiff�rente. Marie pr�f�ra le peintre au po�te�) Donc je sortais du labyrinthe m�tropolitain, et " sa folie de machine " accueillant d'un regard pliss� le " soleil ardente lyre " qui " br�lait " mes yeux " endoloris ". Je passais devant les magasins de pierres tombales, aux formules toutes faites qui " grima�aient pour l'�ternit� ", me frayant un chemin parmi les touristes, un fascicule � la main, partis vaillamment, dans cette si c�l�bre " maison des morts ", � la recherche des terreaux de notre histoire, des restes de nos noms illustres, dont les mots d�passent infiniment leur pieuse portion de terre. Je marchais dans les all�es avec en t�te le plan pour acc�der � mon rendez-vous. Franchement c'�tait mal indiqu�. Mais, dans le fond tant mieux, ne viennent l� que ceux qui le veulent bien ou alors que le hasard, � qui il arrive parfois �tre po�te, a pu conduire. C'�tait tout proche de " l'all�e des �trangers morts pour la France ". Ironie de l'histoire, il �tait fran�ais quand il mourut, m�me s'il sut, lui, l'ancien apatride, versifier les soupirs du " servant de Dakar ". Je n'ai pas cherch� longtemps : au-dessus de la tristesse des tombes align�es, un monolithe �rig� vers le ciel. (Oh ! Freud ! Quel symbole pour celui qui sut compter jusqu'� " onze mille " ! Et quel fabuleux clin d'�il � la vie !). Un pic montagneux en mod�le r�duit, comme une paroi des Alpes, lien entre la France et l'Italie. Sur ce curieux roc, deux noms grav�s : celle qui fut la derni�re, son unique �pouse, Jacqueline, et lui, tout simplement, en compagnie de quelques vers, et d'un calligramme. Guillaume Apollinaire : 26 ao�t 1880 - 9 novembre1918.